Epopia, les aventures littéraires pour enfants

Il arrive parfois de tomber sur des sociétés qui sortent des plates-bandes bien délimitées du marketing produit. Souvent, c’est tout simplement une communication non pensée par un professionnel du secteur. Cependant, quand cette communication non seulement fonctionne, mais en plus ouvre de nouvelles voies, il est nécessaire de s’y intéresser.

C’est le cas de la société Epopia, qui en ne pensant pas précisément sa communication, mais en se fiant davantage à l’instinct de son directeur, Rémy PERLA, a ouvert une brèche intéressante. Interview.

Pouvez-vous nous expliquer d’où est venue l’idée d’Epopia ?

L’idée d’Epopia est née en 2010. J’étais alors informaticien salarié dans une SSII (ndlr:Société de Service en Ingénierie Informatique) et j’avais une collègue qui avait des difficultés avec ses enfants. C’est en discutant avec elle et en essayant de trouver des solutions que m’est venue l’idée d’utiliser le courrier et les histoires. Sachant que j’ai aussi un passif de jeux de rôle de toutes sortes, j’ai eu l’idée de faire un jeu de rôle par échanges de courriers avec les enfants, pour les faire rêver, rire, écrire et ouvrir leur créativité.

Et comment s’est passée la création de l’entreprise ?

J’ai travaillé sur le sujet un moment seul, puis je l’ai présenté à un concours de start-up en 2012 où j’ai rencontré Geoffroy. Nous avons été lauréats, ce qui nous a permis d’obtenir de nombreux conseils pour la réalisation de ce projet. Nous avons alors monté une petite équipe et lancé la boîte fin 2014 suite à un crowdfunding en 2013.

Et comment ça se passe ?

C’est la fête. Aujourd’hui, nous avons plus de 20.000 abonnés et une équipe d’une vingtaine de personnes.

En savoir plus sur Epopia

– Plus de 20.000 abonnés partout en France et à l’étranger

– Une moyenne de 4-5 échanges de courrier pour des aventures pouvant atteindre plus de 15 courriers

– 2 aventures actuellement proposées et une troisième en cours d’écriture

– Déjà plus de 45.000 courriers reçus de la part des enfants

– Environ 1 échange de courrier par mois

Des bureaux où règne un “bordel organisé” propice à une activité créative. Les trophées se mêlent aux photos, aux goodies et aux cadeaux envoyés par les enfants.

Passons maintenant à la dimensions marketing et communication. Comment avez-vous démarché vos clients ?

Au tout départ, le gros de nos clients venait du bouche à oreille suite au crowdfunding et de la presse que nous avions fait en amont. Ensuite, nous avons beaucoup démarché des blogueurs, comme les mamans blogueuses, les blogs littéraires. De fil en aiguille, d’autres blogs l’ont vu et c’est à partir de là que “My Little Paris” est venu.

Et vous avez reçu un accueil positif ?

Oh oui, avec Epopia, l’accueil a toujours été “C’est trop génial, j’aurais aimé avoir l’idée”. Dans tous les cas les parents adorent le concept. La réticence est infinitésimale. Nous avons la chance d’avoir un projet qui rencontre un avis très favorable de la part du public. Le problème est que notre concept est très nouveau, très différenciant de ce qui existe, donc pas facile à comprendre en quelques mots. Il est impossible d’expliquer le concept en une phrase. Mais au bout de quelques minutes d’explications, l’accueil est toujours favorable.

Et actuellement, d’où proviennent vos nouveaux clients ?

Une bonne partie de nos clients provient du bouche à oreille mais aussi de Facebook. Nous faisons beaucoup de communication sur facebook (30.000 membres à l’heure où nous écrivons ces lignes) et nos publicités sont énormément partagées. Ce partage de posts peut être assimilé à du bouche à oreille. La frontière est donc mince.

Vous avez une communication uniquement à destination des parents, loin de ce qui se fait habituellement. Quelles en sont les raisons ?

Alors ça, c’est un truc qui est venu bien avant que nous créions la société. Il a toujours été hors de question de communiquer auprès des enfants. Et ce pour deux raisons. D’abord, le but est de faire rêver les enfants, leur apporter de la magie. Et pour ça, il ne doivent pas être des consommateurs, car ils seraient déjà coupés d’une partie de la magie. D’ailleurs, notre logo n’apparaît nulle part sur les courriers des enfants.
Ensuite, c’est une envie personnelle de lutter contre le marketing qui manipule les enfants. Je suis un enfant de la télé et j’ai beaucoup regardé les émissions sur l’éducation, la parentalité. J’ai toujours été outré par la publicité intensive à destination des plus jeunes. Aujourd’hui, tout, jusqu’aux marques de lessive, vise les enfants pour qu’ils incitent leurs parents à acheter. Je ne voulais surtout pas de ça.

Vous avez donc couru le risque de manquer des clients.

Quitte à ce que ça ne marche pas, tant pis, au moins j’aurais respecté ce qui me touche. Au pire, je commencerais par toucher des parents qui sont d’accord avec cette philosophie. C’est un point qu’on ne met absolument pas en avant dans notre communication. On envoie un mail aux parents, une fois leurs enfants inscrits, pour leur parler de cette philosophie.
Ici chez Epopia, nous sommes très fiers de cette philosophie et de travailler dans ce cadre.

Un produit adapté

– Chaque aventure est écrite 3 fois pour différents niveaux de lectures

– Revu par une équipe d’enseignants pour que ce soit pédagogiquement accessible

– Consultation d’un orthophoniste pour adapter les tournures de phrases et le vocabulaire.

Pour en savoir plus sur leurs offres, rendez-vous sur leur site

Vu que votre produit peut être considéré comme éducatif, avez-vous des retours sur cet aspect ?

C’est difficile à chiffrer. Nous faisons de la communication par mail auprès des parents dont les enfants sont inscrits, afin de leur demander un retour d’expérience. Pour les réponses que nous recevons, le résultat est très positif. Nous avons plusieurs retours de parents d’enfants  d’enfants rencontrant des difficultés avec la lecture qui sont très enthousiastes. Même sans mesure précise de l’impact éducatif de notre offre, nous n’avons quasiment que des retours positifs. Nous recevons environ 400 mails de parents chaque semaine, et quasiment la moitié ont comme but de nous dire merci.

Déjà plus de 45.000 lettres reçues de la part des enfants. Un chiffre qui devrait dépasser les 100.000 à la fin de l’année.

J’ai vu que vous aviez aussi une offre pour les écoles ?

Oui, depuis quelques temps. En fait, c’est venu des enseignants eux-mêmes. Plusieurs nous ont contactés pour savoir s’ils pouvaient adapter le principe sur une classe entière. Certains avaient souscrit une offre grand public et l’avaient modifiée tant bien que mal pour leur classe. Nous avons donc travaillé sur une offre plus adaptée, à la fois en termes d’écriture, mais aussi en termes d’organisation, de goodies et d’abonnement. Nous ne communiquons pas encore sur ce point, même si nous allons bientôt mettre en avant que nous avons été primés par le ministère de l’éducation nationale.

Et au niveau logistique, vous n’avez pas de problèmes avec cette forte croissance ?

Heureusement, je suis informaticien à la base, et donc nous avons réussi à anticiper ce problème. Nous avons toute une équipe informatique maintenant, et il faut une bonne organisation pour pouvoir gérer l’ensemble. Il ne faut pas oublier que chaque enfant vit une aventure unique, avec ses propres choix, ses propres personnages. Il faut avoir une organisation solide pour suivre ça. Au niveau logistique, nous avons choisi d’établir un partenariat avec l’Association des Paralysés de France (APF Entreprises Alsace) pour la mise sous pli et l’impression des courriers de tous les aventuriers. À ce jour, nous travaillons avec deux ESAT et un EA dans la région alsacienne.  Faire rêver les enfants, c’est un beau projet que nous voulions réaliser d’une belle manière.

Epopia est un très bon exemple de société ayant opté pour un marketing positif et responsable. Les valeurs et la philosophie que cette société véhicule, même si ce n’est pas de manière visible trouvent vite un écho auprès du public qui se sent à la fois valorisé et investi dans le succès de l’entreprise. Comme quoi, faire le pari de l’intelligence des consommateurs peut s’avérer payant.

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